À l’heure où la visibilité en ligne s’impose comme un passage obligé pour toute carrière artistique, avoir des clés pour préserver sa santé mentale devient essentiel. C’est le thème qu’a choisi d’explorer la SMACEM dans le cadre de sa série de webinaires consacrés à la santé des artistes. Pour comprendre les enjeux et imaginer des pistes concrètes face à l’omniprésence des réseaux sociaux, nous avons échangé avec Élodie Watrin, manageuse d’artistes et fondatrice du programme Remise en scène, ainsi qu’avec Sandrine Bileci, co‑fondatrice du collectif CURA, engagé pour la santé mentale des pros de la musique.
Etat des lieux : les résultats de l’enquête CURA sur l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale
En 2025, le collectif CURA qui agit pour la santé mentale des pros de la musique, a mené une enquête auprès des artistes et de leur entourage afin de comprendre quelle était la place des réseaux sociaux dans leur quotidien. Le collectif a reçu plus de 300 réponses dont voici quelques résultats.
Quelle présence sur les réseaux ?
- 7 personnes sur 10 postent au moins 1 fois par jour,
- Le temps passé sur les réseaux est ressenti comme une charge de travail nécessaire,
- 43 % des répondant·es ont déjà eu des opportunités professionnelles refusées par manque de visibilité sur les réseaux sociaux.
Les risques des réseaux sociaux
- 1 personne sur 4 dit recevoir entre 1 et 10 commentaires négatifs à chaque publication,
- Les femmes sont particulièrement confrontées au cyberharcèlement, à du contenu sexuel ou des remarques sur leur physique.
- Les réseaux sociaux sont vus comme une charge mentale voire une source d’anxiété pour 1 personne sur 3.
L’impact émotionnel des réseaux est non-négligeable et a des conséquences sur la santé mentale et la créativité.
Quelles conséquences des réseaux sociaux sur le cerveau ?
Les réseaux sociaux entrainent la production par le cerveau de dopamine, surnommée « hormone du plaisir ». À chaque publication ou scroll, nous espérons la vidéo qui fera rire, le commentaire valorisant, le contenu qui nous stimulera. Résultat : le cerveau est sursollicité et cela peut mener à une agitation mentale et à une fatigue émotionnelle. À cela s’ajoute le cortisol, l’hormone du stress, déclenché par les notifications, les sons, les alertes. Enfin, la mélatonine, l’hormone qui permet l’endormissement, est, quant à elle, est bloquée par la lumière bleue, maintenant le cerveau en veille active et perturbant le sommeil.
Cette accumulation crée une surcharge cognitive : on consomme tout plus vite, on écoute en accéléré, on multiplie les tâches, ce qui complique le maintien de l’attention et de la concentration. Le corps encaisse aussi : tensions dans la nuque, douleurs lombaires, fatigue oculaire, pouce sollicité en continu, sédentarité accrue.
Retrouver un équilibre : une boîte à outils accessible
Pour retrouver un équilibre, plusieurs actions simples peuvent être mises en place. Produire de la dopamine naturellement est possible en pratiquant une activité physique, même s’il s’agit simplement d’une balade dans notre quartier ou en s’alimentant de manière équilibrée. Pour réduire la sécrétion de cortisol, on peut tout simplement désactiver les notifications de notre téléphone, réduire la luminosité et les lumières bleues voire passer l’écran en noir et blanc. Pour être sûr de ne pas être sursollicité par notre téléphone, on peut également l’éloigner de la chambre et éviter de l’utiliser au coucher et au réveil. Cet automatisme peut être remplacé par une routine d’étirement par exemple.
Repenser son rapport émotionnel aux réseaux
Les réseaux sociaux sont avant tout un outil de communication ; ils ne nous remplacent pas, ni ne définissent notre valeur. C’est important de mettre de la distance avec les réseaux afin d’être moins vulnérables face à leurs effets négatifs.
Plus on se présente de manière naturelle et cohérente avec nos valeurs et notre projet professionnel, plus notre présence sera facile à gérer émotionnellement. C’est à chacun et chacune de choisir ce qu’il ou elle souhaite montrer sur ses réseaux. Certain·es musicien·nes préfèrent ne montrer que leurs mains et leurs instruments, alors que certaines personnalités choisissent de montrer leur vie privée.
Structurer son utilisation pour garder le plaisir
Les réseaux sociaux doivent s’adapter à notre vie et non l’inverse. Il est préférable de planifier des temps de connexion et de prévoir des journées off, mais aussi de programmer et d’automatiser les posts. Le tout est de créer une routine digitale qui permette de prendre de la distance et préserver sa créativité et son bien-être.
Afin de se reconnecter à soi-même, Elodie Watrin conseille d’effectuer un exercice de sophrologie avant de poster. L’idée est de fermer les yeux, d’inspirer profondément, dans le silence, d’observer ses sensations, de se rappeler un souvenir positif et de savoir quelle personne on était et les valeurs qu’on avait à ce moment-là et d’écrire une phrase ou un mot sur les valeurs qu’on avait dans ce souvenir.
Comment se protéger des commentaires négatifs et du cyberharcèlement ?
En cas de messages haineux, il est recommandé de ne pas répondre, mais de conserver des preuves (par exemple des captures d’écran) et de signaler puis de bloquer la personne. Il est important de rappeler que se préserver, ce n’est pas fuir. Si l’on souhaite publier les messages haineux, mieux vaut les anonymiser pour éviter d’éventuelles poursuites judiciaires. En cas de menace, un dépôt de plainte ou une main courante est possible.
Des lignes d’écoute, des plateformes de signalements et des associations spécialisées existent, retrouvez toutes les ressources à la fin de l’enquête CURA.
Les réseaux sociaux sont désormais indispensables dans les carrières des créateurs et des créatrices mais préserver sa santé mentale l’est tout autant ! Si vous souhaitez approfondir le sujet, regardez le replay de notre webinaire.