Santé mentale des artistes : comment mieux vous protéger ?

Santé mentale

Dépression, burn-out, anxiété : ces pathologies figurent parmi les principaux enjeux de santé publique en France. La santé mentale des artistes en pâtit elle aussi. Entre passion et contraintes, l’industrie musicale peut en effet s’avérer aussi épanouissante que décourageante. Travail de nuit, pression de la scène, revenus incertains sont autant d’éléments qui influent sur le bien-être des musiciens et des musiciennes. La SMACEM vous propose quelques pistes pour protéger votre santé mentale.

Comment va la santé mentale des salariés en France ?

Selon une étude de la Mutualité française parue en 2022, en France, une grande partie des salariés se déclare en « moyenne » ou « mauvaise santé mentale » : 44% de femmes et 32% d’hommes. Même constat dressé (en 2019) par l’association FondaMental chez 32% des jeunes de 18-24 ans. Bien que les causes soient nombreuses (situations familiales ou financières compliquées, manque de confiance en l’avenir, etc.), le stress lié au travail représente l’un des symptômes majeurs du mal-être actuel.

Tout ce à quoi j’ai déjà pensé
Dire que plein d’autres y ont déjà pensé
Mais malgré tout, je me sens tout seul.

L’Enfer, Stromae

80% des personnes travaillant dans l’industrie musicale souffriraient d’un mal-être

Pour les artistes aussi, la santé mentale devient préoccupante. Aujourd’hui, le secteur professionnel le plus touché pour les idées suicidaires est celui des arts et spectacles. En témoigne le collectif CURA, qui agit pour libérer la parole et ouvrir une réflexion dédiée à la santé mentale des musiciens et des musiciennes.

Le collectif a ainsi réalisé une enquête sur le sujet, renouvelée en 2022, destinée aux personnes travaillant dans l’industrie musicale. Les résultats sont édifiants: plus de 80% des personnes interrogées ressentent parfois ou souvent une sensation de déprime, 15% ont été diagnostiquées comme souffrant de dépression et 15% comme souffrant de burn-out. De plus, près de 40% des personnes interrogées sont anxieuses et, comme la dépression, cela touche particulièrement les femmes répondantes.

De quoi alimenter le mythe selon lequel le mal-être serait un incubateur de création. On parle d’artistes torturés, de « poètes maudits », comme l’écrivait Verlaine, pourtant la souffrance n’a rien de rock’n’roll… 

Les travers des métiers passion

Comment comprendre la prévalence des troubles psychologiques des métiers de la musique ? Comme le révélait une étude de la revue Psychology of music en 2022, les facteurs de risques sont inhérents aux métiers artistiques. Parmi ces facteurs, on trouve notamment le stress des représentations, les horaires décalés et/ou de nuit ou encore la variabilité des activités et des revenus.

De plus, il y a parfois un fossé entre l’investissement, financier autant qu’émotionnel, et les résultats obtenus. Le travail fourni est rarement valorisé justement et les revenus sont incertains. S’opère alors un assemblage d’émotions et de sentiments antagoniques entre le plaisir de jouer, l’excitation de se produire, le stress que tout cela engendre et la désillusion face au manque de reconnaissance.

Ces ressentis sont exacerbés par le manque de sommeil dû aux horaires particuliers mais aussi au contexte festif du travail. En effet, il y a une certaine incitation à la fête et à la consommation de produits psychoactifs (alcool et drogues). D’après l’Institut de soin et d’accompagnement pour les artistes et les techniciens (INSAART), 72% des pros du spectacle et du divertissement sont exposés à l’alcool au travail, près de 40% ont déjà été exposés à des substances illicites.

Quelles solutions pour les artistes ?

« Nous payons par la précarité (sociale, physique et santé) le fait de travailler de notre passion », soulignait une personne répondant à l’enquête CURA . Et cela se confirme dans les chiffres : malgré les difficultés rencontrées, peu de personnes du secteur souhaiteraient changer d’emploi. Selon les artistes ayant répondu à l’enquête de l’INSAART, afin d’améliorer leur état mental, il faudrait dans un premier temps travailler sur la reconnaissance de leur travail en tant que profession d’utilité publique qui doit être rémunérée à sa juste valeur. Il faut également agir sur les conditions de travail et notamment la répartition des horaires. Il est parfois difficile pour les artistes de faire une séparation entre la vie privée et la vie professionnelle.

Les métiers de la passion continueront à exister, qu’importe les niveaux de difficultés ou de douleurs qu’ils imposent. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas réfléchir ensemble aux solutions pour rendre cette passion plus facile à vivre au quotidien, dans le succès comme dans l’infortune.

Collectif CURA

Le constat est sans appel, la santé mentale des pros de la musique est particulièrement fragile. Heureusement, il existe de plus en plus de dispositifs de prévention :

En résumé : si vous ou une personne de votre entourage rencontre ce genre de difficultés, ne surtout pas hésitez à vous faire aider.

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